Le traumatisme : quand le corps et l'esprit se figent
Un traumatisme survient lorsque l'organisme est confronté à une situation perçue comme menaçant l'intégrité physique ou psychologique de la personne : accident, agression, viol, deuil brutal, catastrophe naturelle, cambriolage, attentat : l'événement dépasse les capacités d'intégration habituelles de l'esprit.
Le souvenir, loin de s'installer dans la mémoire narrative, se fragmente et se stocke sous forme d'images, de sensations corporelles et d'émotions brutes. C'est ce mécanisme qui explique les symptômes du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) : flashbacks, hypervigilance, évitement, insomnie, anxiété chronique. Le corps reste « en alerte » des mois, voire des années après l'événement, comme si la menace était toujours présente.
Pourquoi l'hypnose est-elle pertinente dans le traitement des traumatismes ?
Le trauma se loge dans la mémoire implicite, celle qui ne se raconte pas. Les thérapies verbales classiques (psychothérapie cognitive et comportementale, par exemple) agissent sur la mémoire explicite. L'hypnose, quant à elle, permet d'atteindre directement la dimension sensorielle et émotionnelle du souvenir, sans que la personne soit obligée de « raconter » l'événement de manière linéaire.
Plusieurs mécanismes entrent en jeu :
- La dissociation thérapeutique : la personne peut observer le souvenir à distance, comme un film, ce qui réduit l'intensité émotionnelle au moment de la relecture.
- La réactivation du système d'apaisement : l'état hypnotique favorise l'activation du nerf vague et la réponse parasympathique, permettant au corps de « décharger » l'activation sympathique bloquée.
- La réorganisation amnésique : le souvenir traumatique, réencodé dans un état de sécurité, perd sa charge d'urgence et s'intègre dans la mémoire autobiographique.
- La dissociation positive : la personne peut accéder à des ressources internes (endossements, images de protection, figures de soutien) qui étaient inaccessibles en état de veille.
Ce que disent les études et la recherche
Si les études cliniques sur l'hypnose et le SSPT sont encore limitées en nombre, les résultats disponibles sont encourageants. Une méta-analyse publiée dans le Journal of Clinical Psychology a montré un effet modéré à fort de l'hypnose sur les symptômes de stress post-traumatique, comparable à celui de la thérapie cognitive et comportementale dans certains sous-groupes.
L'American Psychological Association reconnaît l'hypnose comme une approche complémentaire valide dans le traitement des douleurs chroniques et de l'anxiété, et son application au trauma est en cours de validation. En pratique, de nombreux patients rapportent une amélioration significative dès les premières séances, notamment sur le plan du sommeil et de l'anxiété de fond, ce qui facilite ensuite le travail plus profond sur le souvenir.
Précautions et accompagnement médical
L'hypnothérapie est une approche complémentaire et ne remplace pas un suivi psychiatrique en cas de décompensation aiguë, de troubles dissociatifs sévères non stabilisés, de psychoses actives ou de dépendances en phase d'abstinence précoce.
Si vous vous reconnaissez dans les symptômes décrits ci-dessus et que l'hypnose vous attire, la première étape est de consulter un·e professionnel·le de santé (médecin généraliste, psychiatre, psychologue) pour poser un diagnostic et écarter les contre-indications. Vous pourrez ensuite orienter votre recherche vers un·e hypnothérapeute orienté·e sur ces problématiques.
Les techniques d'hypnose ericksonienne appliquées au trauma
En hypnose ericksonienne, inspirée du travail du psychiatre Milton Erickson, on va utiliser des métaphores, des suggestions indirectes et un travail sur les ressources internes de la personne.
Contrairement aux idées reçues, l'hypnose n'est pas un sommeil, ni un état de soumission. Il s'agit d'un état naturel d'attention focalisée, que chacun connaît spontanément : la lecture absorbante, la conduite automatique sur un trajet familier, la perte de temps en journée. En cabinet, l'hypnothérapeute guide la personne vers cet état afin de rendre plus accessible la partie inconsciente de la mémoire, celle où le trauma a été « gelé ».
L'accent est mis sur la dissociation et la réassociation douce, c'est-à-dire qu'on va travailler sur la dissociation de l'événement et surtout des symptômes et souffrances qui en ont découlées ou qui y sont rattachées :
- La régression d'âge : guider la personne vers des souvenirs antérieurs, parfois jusqu'à la naissance voire dans d'autres vies ou sous forme symbolique, selon les croyances de chacun·e, afin d'identifier l'origine du blocage.
- L'alliance avec les mouvements oculaires : il est également possible de combiner les mouvements oculaires de l'EMDR avec un état hypnotique, accélérant la désensibilisation du souvenir.
- La négociation entre parties : un protocole qui permet de dissocier le traumatisme qui est vu comme une partie de soi qui a pris le contrôle pour protéger. L'hypnose permet de dialoguer avec cette partie, de l'écouter, de la rassurer, de lui offrir de la sécurité et de lui rendre sa place d'origine.
Déroulement d'une séance type pour libérer les traumatismes
Une séance dure généralement 75 minutes. Elle se structure en plusieurs temps :
- Accueil et cadrage : je vous explique le cadre et m'assure que vous vous sentiez en sécurité.
- Le temps d'échange : vous racontez ce qu'il s'est passé (sans forcer le récit ni s'obliger à tout raconter).
- Induction : passage en état hypnotique (respiration, visualisation, relaxation progressive) selon votre profil (sens prééminent, tempérament plutôt actif, sensibilité à la voix ou aux sons…).
- Travail sur le trauma : selon la méthode, vous allez être invité·e à « voir », « entendre » voire « sentir » ou « ressentir » le souvenir, et nous allons le travailler pour le modifier, à le réduire dans ses manifestations, à dissocier, à le ré-associer à des sensations plus agréables, à aller rechercher des ressources, voire à poser des « ancres » (gestes, mots ou endroit du corps comme le poignet, le haut de l'épaule, en dessous du genou) de réassurance pour réactiver une sensation confortable en cas de symptôme intense.
- Intégration et réveil : retour progressif à l'état de veille, verbalisation, feed-back.
Combien de séances prévoir ?
Le nombre de séances varie considérablement : entre 7 à 12 séances pour un trauma unique, et davantage pour des traumatismes complexes ou répétés.
Retrouver l'équilibre et la confiance
Guérir d'un traumatisme n'est pas effacer le souvenir, mais lui rendre sa place : celle d'un événement qui a eu lieu, qui a été traversé, et qui n'a plus le pouvoir de dicter le présent.
L'hypnose offre un chemin pour y parvenir, en passant par le corps, l'imaginaire et la partie de soi qui sait déjà comment se réparer. Il s'agit de mobiliser les ressources internes qui font sens pour chacun pour retrouver énergie, sens et confiance.
Crédit photo : Andrea Cassani

